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LES ARTICLES
   
 

LA REDUCTION DES INCIDENTS TRAUMATIQUES
Une technique novatrice pour la résolution des traumas.
( par Caroline Boland – psychologue clinicienne
)
       
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Vers une définition du traumatisme
   
Les incidents traumatiques et leurs conséquences
   
La technique de Réduction des Incidents Traumatiques (RIT)
   
Les 2 formes de RIT
   
Conclusion
   
Bibliographie
 
 
Vers une définition du traumatisme [Haut de page]  
 
Par traumatique, on se réfère au substantif traumatisme, lui-même dérivé du grec "trauma" qui signifie blessure. Utilisé en médecine depuis l’Antiquité, un traumatisme désigne une blessure corporelle provoquée par un agent externe.

Cette notion a été transposée par métaphore sur le plan psychique : on qualifie de traumatisme un incident subit, imprévu et violent portant atteinte à l’intégrité psychique d’une personne et entraînant des conséquences de même nature.
Le terme trauma désigne l’ensemble de ces conséquences psychiques pour la personne.

La notion de trauma étant inhérente à celle de traumatisme, il ne peut y avoir de traumatisme sans trauma ; de même qu’il ne peut y avoir de trauma sans psychisme, donc sans individu qui le vit. Par conséquent, toute approche du traumatisme implique de prendre comme point de départ l’individu et, plus précisément, l’expérience subjective de l’individu.

Prendre un vécu subjectif comme condition suffisante (et nécessaire) pour qualifier un incident de traumatique ne signifie d’annihiler ni la question des différences d’intensité entre traumas, ni celle de l’intensité que chaque incident spécifique porte en germe.
Les manuels de psychiatrie se chargent de ces distinctions, là n’est pas notre propos.

Nous insistons seulement sur un des piliers de la technique de Réduction des Incidents Traumatiques (RIT) : tout traumatisme est indissociable de la personne et, plus exactement, de l’histoire de cette personne. Ce premier jalon planté met en évidence l’importance de donner une définition du traumatisme centrée sur la personne plutôt que sur le fait.

Plusieurs auteurs travaillant dans le champ de la RIT ont offert de telles définitions.
Sans mettre en doute la pertinence de chacune d’elles, nous proposons la définition suivante : un incident traumatique est un évènement dont certaines composantes déclenchent un ensemble de réactions qui dépassent les capacités de gestion cognitive d’un individu en raison de leur lien direct ou indirect avec la mise en danger de la survie de cet individu. La notion de lien indirect est primordiale car elle recouvre à elle seule la dimension subjective des traumatismes. Quelques données empruntées aux neurosciences vont nous permettre de clarifier ce propos.
 
     
 
Les incidents traumatiques et leurs conséquences [Haut de page]  
 
Evaluer l’environnement est une étape fondamentale qui permet à l’individu de fournir la réponse la plus adaptée possible en termes de survie.
Sur le plan évolutif, les structures les plus anciennes du cerveau humain seraient équipées de circuits génétiquement programmés pour enclencher des réactions nécessaires à la survie. Sous l’influence de ces circuits innés et des circonstances, de nouveaux circuits se créeront dans les régions cérébrales plus modernes.
Imaginons qu’un incident quelconque comporte une caractéristique qui n’a pas encore été évaluée par l’organisme.

Et imaginons que ce même incident comporte une autre caractéristique qui, elle, l’a déjà été. Le cerveau pourra donner à la première caractéristique la même valence que la seconde, uniquement en raison de leur proximité. Cette vision neurobiologique coïncide avec les observations de Pavlov en matière d’apprentissage par association et conditionnement. Cette forme de mémoire
«prosurvie» peut jouer un rôle pervers dans le cas des incidents traumatiques en déclenchant des réactions disproportionnées ou non adaptées à la situation.

Lorsqu’un individu se trouve dans une situation où sa survie est en danger, une réaction émotionnelle de peur lui signale ce danger et prépare son corps à l’action.
Son attention est concentrée sur l’élément menaçant. Si la situation est nouvelle et la réaction émotionnelle intense, les comportements instinctifs prendront le dessus
(fuir, combattre, rester « figé »).

Objectif = survivre. Toutes les données attenantes à l’incident seront mémorisées.

L’accès à un souvenir se fait par analogie : si, ultérieurement, cette personne se
retrouve dans une situation dont une des caractéristiques est similaire à une caractéristique contenue dans l’incident traumatique, les émotions, les images, les sensations physiques, les comportements, les pensées présentes durant l’incident peuvent être réactivées à différents degrés d’intensité.

L’individu n’aura pas nécessairement conscience du lien entre cette réactivation et l’incident d’origine : certaines traces liées à la peur s’inscrivent automatiquement dans une forme de mémoire implicite au cœur des structures les plus anciennes du cerveau. Cette trace non consciente est précisément ce qui crée le traumatisme : l’ensemble des informations qu’elle contient n’a pas pu être traité et assimilé par l’organisme et est susceptible d’être réactivé.

Ainsi, si des évènements de grande ampleur seront probablement traumatiques pour quiconque, des évènements plus communs (vols, pertes d’emploi, ruptures sentimentales, etc.) sont également susceptibles d’être vécus comme tels s’ils sont liés à des incidents traumatiques antérieurs vécus par la personne.

Chez une même personne, on pourra trouver un réseau d’incidents traumatiques liés entre eux comme les branches d’un même arbre. A la racine, on découvrira le premier incident jugé par l’organisme comme dangereux pour la survie.
 
     
 
La technique de Réduction des Incidents Traumatiques (RIT) [Haut de page]  
 
La technique de Réduction des Incidents Traumatiques a été développée à partir
de 1986 par Frank Gerbode, un psychiatre américain. Son objectif est de permettre l’assimilation d’un incident traumatique ; assimilation restée bloquée en raison de l’intensité subjective de l’incident pour la personne. La RIT facilite les trois conditions nécessaires à une telle assimilation.

Premièrement, la personne doit avoir la possibilité de recontacter l’incident. En effet, il ne peut y avoir de gestion cognitive que sur ce qui se trouve dans le champ de conscience de la personne. La RIT est un processus qui permet aux traces de l’incident enregistrées en mémoire implicite ce "passage" vers la conscience de manière progressive.

Deuxièmement, la personne doit avoir la possibilité de décharger les émotions négatives liées à l’incident. La décharge complète des émotions négatives est ce qui permet d’éviter les réactivations ultérieures. Il importe que la personne accepte de recontacter ses émotions. Elle ne pourra le faire que si elle se sent en sécurité dans le cadre de l’entretien. Le choix du lieu et l’attitude du praticien participent pleinement à ce climat de confiance. D’autre part, le processus répétitif permet à la personne d’avoir un contrôle partiel de la quantité de charge négative qu’elle se sent capable d’aborder : elle pourra ainsi avancer par paliers.

Troisièmement, la personne doit avoir la possibilité de considérer l’incident de son propre point de vue. Un incident traumatique s’inscrit toujours dans le contexte de vie d’une personne. Pour qu’elle puisse l’y intégrer, il importe de lui permettre d’être experte de sa propre expérience. La RIT est une technique entièrement centrée sur la personne : le praticien guide le processus mais n’intervient pas sur le contenu. Il est soumis à des règles de communication précises exemptes d’évaluation, d’interprétation et de jugement.
 
     
 
Les 2 formes de RIT [Haut de page]  
 
Les explications avancées ci-dessus soulignent trois faits importants:

1) Un incident peut être traumatique uniquement en raison de son lien direct ou indirect avec un incident traumatique antérieur.

2) La personne peut ne pas avoir conscience de ce lien entre l’incident présent et l’incident passé.

3) Pour qu’un incident traumatique ne puisse plus créer de nouveaux incidents traumatiques ou être réactivé, il faut que l’incident racine auquel il est lié soit assimilé par l’organisme. Il existe deux formes particulières de RIT qui permettent de retrouver les incidents racines afin de faciliter leur assimilation.

La RIT de base: La RIT de base permet de travailler sur un incident traumatique dont la personne se souvient (agression, accident, viol, hold-up, etc.). Cet incident peut être isolé ou relié à un ou plusieurs incidents antérieurs. A travers le processus, la personne va progressivement ramener dans son champ de conscience le souvenir complet de cet incident. Si cet incident n’est pas l’incident racine, son lien avec un incident antérieur apparaîtra à ce moment là. Le praticien guidera alors la personne à travers le parcours de ce nouvel incident. Il s’agit de remonter ainsi la chaîne associative jusqu’à trouver l’incident initial afin de le décharger de ses éléments non assimilés.

La RIT thématique:La RIT thématique permet de travailler à partir de ressentis négatifs récurrents qui perturbent la personne dans sa vie quotidienne mais qu’elle ne peut rattacher à aucun incident traumatique. Dans ce cas, le praticien partira d’un évènement récent qui contenait ce ressenti et dont la personne se souvient. Cet incident sera parcouru à plusieurs reprises jusqu’à ce que remonte à la conscience de la personne un incident antérieur. En remontant la chaîne associative de la sorte, on tentera de trouver l’incident traumatique initial.
 
     
 
Conclusion [Haut de page]  
 
La Réduction des Incidents Traumatiques est une technique pouvant être classée dans la catégorie des approches thérapeutiques brèves.
En ramenant en mémoire le souvenir de l’incident dans un cadre sécurisé, elle permet au système cognitif de traitement de l’information d’assimiler les éléments traumatiques qu’il n’a pas pu traiter lors de l’incident.
Ce processus conduit à une compréhension de la signification émotionnelle et cognitive du trauma et de son impact. La RIT trouve son application majeure dans les cas de stress post-traumatique mais se révèle également très efficace dans une série de troubles plus mineurs.
 
     
 
Bibliographie [Haut de page]  
1. Kammerer, Th. (1974). Traumatisme et réaction. Confrontations psychiatriques, n°12, p. 82-91.
 
 
2. Damasio, A.R. (1994). Descartes’ Error. Emotion, Reason, and the Human Brain. A. Grosset/Putnam Books. Trad. Française, L’erreur de Descartes, 2001, Odile Jacob.
 
 
3. Pavlov, I.P. (1927). Conditioned Reflexe. London, Oxford University Press.
 
 
4. Rumelhart, D. E. & MacClelland, J. L. (1986). Parallel Distributed Processing: Explorations in the Microstructure of Cognition. Cambridge. MA. MIT Press.
 
 
5. Ledoux, J. E. (1992). Brain mechanisms of emotions and emotional learning. Current Opinion in Neurobiology 2:191-197. Ledoux, J. E. (1996). The Emotional Brain: The Mysterious Unenderpinnings of Emotional Life. New-York. Simon and Schuster.
 
 
6. Gerbode, F.A.(1995).Beyond Psychology: An Introduction to Metapsychology (3rd Ed.). IRM Press
 
 
7. Bisbey, S. & Bisbey, L.B. (1998). Brief Therapy for Post-traumatic Stress Disorder. Traumatic Incident Reduction and Related Techniques. West Sussex: Wiley.French G.D. & Harris C.J. (1999). Traumatic Incident Reduction (TIR). CRC Press.